Mes Allemagnes

Depuis un demi-siècle (eh oui...), l'Allemagne est pour moi une passion. Une passion que j'ai essayé de faire partager à mes élèves au cours de ma vie professionnelle. Une passion qui remonte à l'époque où j'étais moi-même lycéen. Une passion que je dois à un enseignant exceptionnel, Monsieur Chabert, que j'ai eu la chance d'avoir comme professeur d'allemand pendant toute ma scolarité secondaire à Brest. C'était dans les années 1960.

A l'époque, dans ma famille, comme dans beaucoup de familles françaises, on associait encore le mot "Allemagne" et le mot "Occupation". Mais, bien qu'élevé dans l'admiration de la Résistance et la haine du nazisme, bien qu'horrifié par les récits sur la déportation, je tombai immédiatement amoureux de la langue allemande. Fils de militants communistes, je considérais cependant l'Allemagne de l'ouest avec une certaine méfiance. Elle m'apparaissait comme un pays encore entaché par le passé nazi et comme le fer de lance du camp capitaliste face à une autre Allemagne, la République démocratique allemande, incarnation de l'antifascisme et du socialisme en construction sur le sol allemand. Je tombai donc également amoureux de la RDA, symbole tout à la fois de la langue et de la culture allemandes et de mon idéal politique. Et pendant quelques années je considérai la RDA comme ma "seconde patrie"...

Dès le départ, il y eut donc pour moi au moins deux Allemagnes. Je découvris plus tard qu'il y avait d'autres Allemagnes encore : celle du Nord, celle du Sud, celle du Rhin, celle de la mer du Nord et celle de la Baltique, celles des différents dialectes, celle des interdictions professionnelles et celle des militants écologistes, celle de l'humanisme de Weimar et, tout à côté, celle de l'horreur absolue, à Buchenwald....

Ce site se propose de faire partager ma passion pour l'Allemagne, pour "mes" Allemagnes. Il sera mis à jour régulièrement. Chacun, germaniste confirmé(e) ou personne simplement intéressée par les réalités politiques, sociales, économiques, culturelles, linguistiques allemandes, devrait pouvoir y trouver quelque intérêt. Il ne vise ni à l'exhaustivité, ni à la froide objectivité : le "mes" est aussi la revendication d'une approche personnelle. On comprendra donc, après avoir lu ce qui précède, que la RDA et l'actuelle Allemagne de l'est y tiennent une place non négligeable, tant il est vrai que près de vingt ans après la "réunification", il existe de fait encore au moins deux Allemagnes...

Jacques Omnès

28 février 2010