Editorial

J'ai passé une bonne partie de mercredi dernier sur Internet pour suivre en direct sur le site de l'ARD l'élection du nouveau président fédéral, suite à la démission du précédent, Horst Köhler (voir mon éditorial du 6 juin dernier).

Ce fut une journée édifiante. Le déroulement du scrutin a révélé la complexité de la situation politique en Allemagne, avec une coalition de droite au pouvoir (CDU/CSU et FDP) au bord de l'implosion : alors que le candidat soutenu par la chancelière Angela Merkel, Christian Wulff, disposait potentiellement de 644 voix et aurait donc dû être élu dès le premier tour (la majorité absolue requise étant de 623 voix), il a dû se contenter de 600 suffrages. Et, immédiatement, les alliés libéraux de Madame Merkel se sont empressés de suggérer que les défections ne venaient pas essentiellement de leurs rangs mais de ceux de la CDU d'Angela Merkel.

Le principal adversaire de Christian Wulff, Joachim Gauck, obtenait quant à lui 499 voix et pouvait espérer l'emporter au deuxième ou au troisième tour s'il bénéficiait du report des 126 voix qui s'étaient portées sur la candidate du parti de gauche Die Linke, qui rassemble d'anciens communistes, d'anciens sociaux-démocrates déçus par la politique droitière de la SPD et des syndicalistes.

Monsieur Gauck avait fait dans les semaines précédentes une percée dans l'opinion publique allemande, qui aurait majoritairement voté pour lui dans le cadre d'une élection au suffrage universel. Il apparaissait comme un homme au-dessus des partis, au langage clair, dont le comportement tranchait sur les intrigues des hommes et des femmes politiques traditionnels. Et surtout son passé de dissident courageux dans l'ex-RDA et sa responsabilité dans la création de l'institution chargée d'exploiter les archives de la Stasi (police politique de la RDA) lui conféraient une véritable aura.

Il reste que Joachim Gauck est un vrai conservateur, à cent lieues des valeurs de la gauche. Et la décision de la SPD et des Verts de lancer et de soutenir sa candidature relevait de l'opération politicienne destinée à mettre Angela Merkel en difficulté en opposant à Wulff un conservateur ... populaire.

Bien entendu, SPD et Verts ont exercé après le premier tour une forte pression sur Die Linke sommée de démontrer que ce parti rompait "enfin" véritablement avec le passé en votant pour un adversaire acharné de la Stasi !

Finalement, Die Linke a maintenu sa candidate pour le deuxième tour, avant de la retirer au troisième pour appeler à l'abstention, tout en laissant la liberté de vote à ses représentants à l'Assemblée fédérale. Christian Wulff a donc été élu. La SPD et les Verts ont immédiatement accusé le parti de gauche d'avoir fait élire le candidat de la droite et de s'être montrée incapable de rompre avec le système de l'ex-RDA. L'argument peut réthoriquement fonctionner, d'autant que certains membres éminents de Die Linke sont soupçonnés ou convaincus d'avoir collaboré avec la Stasi. Mais c'est tout de même oublier que Die Linke avait aussi de bonnes raisons de refuser de servir de force d'appoint à la SPD et aux Verts :

J'avoue comprendre ces arguments...

Mais il est temps maintenant de découvrir les nouveautés de la semaine dans la rubrique Quoi de neuf ?

Et si vous visitez ce site pour la première fois, je vous conseille de consulter la page "Présentation", qui vous en exposera l'objectif et la philosophie.

Bonne visite et à bientôt !

Jacques Omnès
(4 juillet 2010)


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