Editorial

J'ai assisté en direct sur Internet à la cérémonie oecuménique organisée le samedi 31 juillet dans la Salvatorkirche de Duisbourg en hommage aux victimes (21 morts, des centaines de blessés) de la bousculade intervenue une semaine plus tôt dans le cadre de la Love Parade. Bien que je sois totalement athée, cette manifestation religieuse m'a profondément ému.

Mais cet événement m'a aussi rappelé une vérité somme toute banale : les faits divers tragiques sont souvent révélateurs de l'état d'une société, de ses problèmes, de ses dérives. L'enquête n'en est qu'à ses débuts, mais d'ores et déjà quelques lignes de force apparaissent. Sous la houlette d'un organisateur soucieux surtout de faire de la publicité pour ses studios de mise en forme, la Love Parade était devenue une opération à but commercial, loin de l'esprit originel de la manifestation. La ville de Duisbourg, notamment son maire, a apparemment vu dans l'organisation de ce qui devait être une grande fête une occasion de donner de cette cité touchée, comme beaucoup de municipalités de la Ruhr, par les difficultés économiques et sociales une image plus attirante. Ces puissantes motivations ont amené les responsables à négliger les impératifs de sécurité pour réaliser à tout prix la Love Parade.

Je l'ai dit : j'ai été ému par la cérémonie, et tout particulièrement par la brève allocution d'Hannelore Kraft, nouveau ministre-président de Rhénanie du Nord-Westphalie. Je suppose que cette femme politique, comme ses homologues masculins, n'aurait pas pu atteindre ce niveau de responsabilité sans s'être endurcie dans le combat impitoyable que se livrent ceux et celles qui aspirent au pouvoir. La pitié, la compassion ou même le simple fair-play ne sont pas, me semble-t-il, des vertus cardinales dans ce milieu. Mais là, j'ai senti une femme réellement bouleversée, qui n'a pu terminer son discours qu'au prix d'un réel effort pour contrôler son émotion. Le choc de l'événement aurait-il provoqué chez elle une réflexion sur le sens même de l'engagement en politique ? Ce passage de son discours le donne à penser :

"Ces derniers jours, j'ai parlé avec de nombreux parents de victimes. Ces conversations m'ont beaucoup émue. Le père d'une victime m'a à cette occasion transmis une prière qui s'adresse à nous tous. Il m'a dit que la mort de sa fille pourrait encore après coup prendre sens, si cette mort nous exhorte à repenser le système de valeurs qui est le nôtre. L'homme, son bien-être et sa sécurité doivent redevenir la ligne directrice essentielle de notre action, avant toute autre motivation. Cela aura pour nous valeur d'engagement."

Repenser le système de valeurs de la société. Remettre au centre de ses préoccupations l'homme, pas l'argent, pas l'intérêt personnel. Un vaste programme, indispensable dans une Allemagne comme dans une France de plus en plus soumises au néolibéralisme. Souhaitons qu'il s'agisse d'une prise de conscience qui survivra à l'émotion du moment et aux dures réalités du combat politique.

Vous trouverez dans la rubrique Quoi de neuf ? un lien vers l'allocution d'Hannelore Kraft mais aussi la fin des souvenirs de Jean-Claude François et un "coup de projecteur" sur le patrimoine mondial de l'Humanité en Allemagne. Pour la suite de mon compte-rendu de voyage dans l'Est de l'Allemagne au mois de juin dernier, il faudra attendre encore un peu. Les aléas des vacances bouleversent les dates de mise à jour de ce site et leur contenu. Ce service minimum n'est que provisoire...

Si vous visitez ce site pour la première fois, je vous conseille de consulter la page "Présentation", qui vous en exposera l'objectif et la philosophie.

Bonne visite et à bientôt !

Jacques Omnès
(5 août 2010)


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