Editorial

Cette semaine, j'ai suivi avec beaucoup d'attention la préparation du congrès de  Die Linke, ce parti de la gauche de la gauche allemande qui ressemble un peu au Front de gauche français. Issue de la fusion du PDS (Partei des demokratischen Sozialismus, Parti du socialisme démocratique) - lui-même successeur du SED (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands, Parti socialiste unifié d'Allemagne - en fait Parti communiste de l'ex-RDA) - et du regroupement de syndicalistes et de déçus de la social-démocratie de l'ouest, cette organisation, qui faisait jusqu'à présent des scores importants aux élections dans les Länder de l'est et commençait à s'implanter à l'ouest, est plongée dans une crise profonde.

En simplifiant, on pourrait dire que l'aile orientale, composée surtout d'ex-communistes, prône un rapprochement avec le SPD (parti social-démocrate allemand), alors que l'aile occidentale adopte une attitude plus radicale. Ce qui conduit à un conflit politique interne doublé d'un affrontement de personnes à la tête du parti. C'est l'orientation des "occidentaux" qui l'a emporté au congrès de ce week-end, qui a élu deux nouveaux coprésidents (Bernd Riexinger, Katja Kipping). La tribune aura été le théâtre d'une passe d'armes dramatique entre deux anciens dirigeants historiques, Oskar Lafontaine et Gregor Gysi, qui avaient dirigé ensemble le parti à ses débuts. Gysi a évoqué ouvertement l'hypothèse d'une scission, avant d'être fermement contré par Lafontaine. Nul ne peut prévoir ce qu'il va advenir de Die Linke dans les semaines et les mois à venir. Après avoir été exclue de la direction de Berlin, elle vient d'essuyer des échecs retentissants dans le Schleswig-Holstein et en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Elle voit les intentions de vote en sa faveur tendre dangereusement vers la barre des 5 % pour les élections au Bundestag en 2013.

Jean-Luc Mélenchon, qui, il n'y a pas si longtemps, affichait son intention de bâtir une Linke à la française, a pris récemment ses distances avec le modèle du parti frère allemand. Il estime que ses camarades d'outre-Rhin ont commis l'erreur de vouloir à tout prix créer un parti unifié au lieu d'un "front" rassemblant, comme en France, plusieurs organisations distinctes. Il pense également nécessaire pour Die Linke de procéder à un renouvellement idéologique et politique pour ne pas être de simples "Monsieurs Plus" de la social-démocratie.

Sur ces deux points, effectivement, les positions du dirigeant du Parti de gauche français sont à l'opposé de celles d'une partie de Die Linke. Je ne puis pourtant m'empêcher de repérer une similitude entre la situation du Front de gauche et celle de Die Linke : le Parti communiste - composante importante du Front de gauche - n'exclut pas de gouverner avec le Parti socialiste français, si ce dernier faisait des concessions jugées suffisantes, alors que Jean-Luc Mélenchon et son Parti de gauche excluent pour le moment toute participation à un gouvernement où le Front de gauche ne serait pas majoritaire. On n'est pas loin de l'opposition entre les "pragmatiques"
et les "socialistes de gauche" au sein de Die Linke.

Je n'en tirerai pas la conclusion hâtive que le Front de gauche pourrait connaître le même sort que la gauche de la gauche allemande, mais tous ceux qui souhaitent que la vie politique ne se limite pas à l'alternance droite - gauche (très) modérée suivront certainement l'évolution de la situation française en gardant en mémoire les déboires de Die Linke.

Cette semaine, plusieurs liens vous permettront d'approfondir l'analyse de la situation de la gauche allemande. Beaucoup sont malheureusement en allemand, mais dès la semaine prochaine nous devrions pouvoir disposer d'éléments de réflexion en français. Je ne manquerai pas de vous les signaler.

Sinon, vous trouverez, comme d'habitude, des informations variées sur l'Allemagne.

Je vous souhaite une bonne lecture et vous dis à bientôt...

Jacques Omnès
(3 juin 2012)

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