Le 12 juillet 1964, Maurice Thorez, secrétaire général du Parti communiste français, décédait en Union soviétique. Dès que fut connue la date des obsèques, je demandai au patron du chai, où je travaillais pour deux ou trois semaines, un congé exceptionnel pour participer à la cérémonie funéraire à Paris..

De retour à Brest, je retrouvai les douleurs dans les reins, conséquence de la manipulation quotidienne de lourds casiers, les écorchures sur les mains, provoquées par les capsules des bouteilles de bière, la lourde fatigue le soir.

Mais ces petites misères comptaient peu face à l'impatience du jeune communiste de presque 17 ans, qui, grâce à l'argent ainsi gagné, allait pouvoir réaliser un rêve : voir enfin la République démocratique allemande.

Je venais de terminer ma classe de 1ère. J'apprenais l'allemand comme deuxième langue. J'étais immédiatement tombé amoureux de cette langue magistralement enseignée par M. Chabert, un professeur que j'eus la chance d'avoir jusqu'en terminale.

Fils de militants communistes, j'avais moi-même commencé à militer très jeune. Et c'est donc tout naturellement que je m'étais pris de passion pour un pays qui incarnait pour moi à la fois la langue allemande, que j'aimais tant, et le socialisme pour lequel je me battais avec tout l'enthousiasme de la jeunesse.

J'eus donc rapidement un correspondant à Berlin-Ouest, mais aussi deux correspondantes, en RDA  : Barbara P., à Hennigsdorf, et Evelyne X., à Wad Wilsnack. Leurs cartes postales de Stralsund, Schwerin, Berlin me faisaient rêver, notamment une magnifique vue en couleur de la Porte de Brandebourg que m'avait adressée Barbara.

Cette carte postale envoyée par ma correspondante de RDA, Bärbel P., le 7 octobre 1963 a contribué à alimenter mes rêves. A noter que cette photo a été prise avant la construction du Mur le 13 août 1961, puisque la circulation est encore possible entre l'est et l'ouest sous le monument.

J'avais bien reçu aussi de mon correspondant de Berlin-Ouest une carte représentant la Porte de Brandebourg vue de l'Ouest à moitié masquée par un mur hideux et sinistre, mais le rêve ne s'était pas transformé pour autant en cauchemar...

Carte postale envoyée par mon correspondant de Berlin-Ouest

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