Voyage en Allemagne de l'est
(9-21 juin 2010)


I- Impressions générales

Voilà cinq ans que je n'avais pas remis les pieds en Allemagne. Diverses circonstances m'avaient amené à renoncer à ce pèlerinage quasi annuel et je commençais me sentir en manque...

Je rendrai compte dans les semaines qui viennent de ce périple qui, du 9 au 21 juin, nous a menés, ma femme et moi, de Kreuztal (dans le Siegerland) à Berlin en passant notamment par Gerstungen, Weimar, Dresde, la Lusace (Crostwitz, Bautzen, Hoyerswerda, Bohsdorf), Zittau, Görlitz, Eisenhüttenstadt, Frankfurt-an-der-Oder, le Spreewald. L'essentiel de notre séjour s'est donc déroulé sur le territoire de l'ex-RDA. Mais cela n'étonnera pas les habitués de ce site...

Mes objectifs : simplement revoir pour la Xième fois, certains lieux pour moi fétiches, comme Weimar et Dresde, mais aussi évaluer les changements dans certaines villes ou régions (Gerstungen, les lacs de la Lusace, Hoyerswerda, Berlin, par exemple) et découvrir des lieux nouveaux (Zittau, Eisenhüttenstadt, Bautzen, que je ne connaissais pas du tout ou que j'avais visités il y a de nombreuses années, ou simplement traversés).

Mais ce premier article sera consacré à quelques considérations générales, indépendantes des lieux visités.

Qui dit voyage en Allemagne, dit évidemment "autoroute". Rien de très neuf dans ce domaine, si ce n'est la confirmation que la réunification s'est traduite par une amélioration considérable de la qualité du réseau dans l'est de l'Allemagne. Un bémol toutefois : les autoroutes d'Allemagne orientale ayant été rénovées relativement récemment, sont particulièrement touchées par une sorte de maladie du béton (le "Betonkrebs", le "cancer du béton"), qui provoque des fissures dans la chaussée. Et il n'est pas rare de voir des sortes de pansements rectangulaires de couleur noire, là où le revêtement a dû être rafistolé.

Bien entendu, la circulation est-ouest - et inversement - est intense sur ce réseau et les poids lourds de toute l'Europe, notamment de l'Europe de l'est, semblent s'y être donné rendez-vous. Et attention quand ils déboîtent ! C'est très souvent sans préavis ! Les autres usagers m'ont semblé plutôt raisonnables. Les limitations de vitesse, relativement fréquentes sur les autoroutes allemandes - contrairement à une idée reçue en France - sont plutôt bien respectées. Et sur les portions où la vitesse est libre, les conducteurs qui déboulent à toute vitesse sur la troisième voie, à gauche, savent ralentir pour vous permettre de doubler, sans recourir aux appels de phares rageur. Ca n'a pas toujours été le cas.

Le réseau secondaire est d'excellente qualité, notamment à l'est. Fini les dizaines de kilomètres de routes pavées truffées de nids de poule, qui faisaient le "charme" de l'ex-RDA. Charme que l'on appréciait modérément si on était pressé ou si on tractait une caravane, qui rebondissait comme un ballon trop gonflé derrière votre véhicule. Je sais de quoi je parle... Un charme a heureusement été préservé : celui des "Baumalleen", ces routes un peu étroites bordées d'arbres, dont les frondaisons se rejoignent pour former une voûte. Il a fallu une résistance tenace des Allemands de l'est pour que ces véritables tunnels de verdure ne soient pas sacrifiés sur l'autel de la sécurité routière.

Depuis longtemps déjà, le vélo avait droit de cité en Allemagne. Son règne s'est encore affirmé. Gare à celui, qui, à Berlin par exemple, ne sait pas distinguer sur le trottoir la piste cyclable de la zone réservée aux piétons. Il risque de sentir de près le vent de la course d'un fou du guidon, voire de se faire renverser. L'atmosphère est plus paisible sur les pistes cyclables qui doublent la route en pleine campagne. Elles se sont multipliées à l'est.

Les villes et les bourgs de l'est ont totalement changé d'aspect. Difficile, souvent, de voir une différence avec l'ouest. La grisaille - voir le noir crasseux - de l'ex-RDA a cédé la place aux crépis colorés dont les Allemands ont le secret. Certains bâtiments - souvent inoccupés -, plus nombreux cependant qu'on pourrait le penser vingt ans après la réunification, rappellent bien la situation antérieure, mais c'est pour mieux souligner les progrès accomplis globalement.

Indéniablement, le cadre de vie de la population est-allemande et les infrastructures de transport dont elle bénéficie se sont considérablement améliorés. Mais on ne peut évidemment s'empêcher de penser que le cadre de vie n'est pas tout. Le chômage reste important en Allemagne de l'est et toute une partie de la population vit difficilement ... dans un cadre rénové.

Qui dit Allemagne, dit aussi "environnement". Cette préoccupation se lit dans le paysage, notamment dans le domaine des énergies renouvelables. Les parcs éoliens sont beaucoup plus nombreux qu'en France et l'on est également frappé par le nombre de panneaux solaires sur les maisons individuelles. Ce qui n'est pas toujours très esthétique, lorsque lesdits panneaux recouvrent la quasi totalité du toit, ne laissant qu'un mince liseré de tuiles rouges.

Notre voyage se situait dans un contexte international un peu particulier : celui de la Coupe du Monde de football. Ce sport est, comme on le sait, l'occasion pour certains - pour beaucoup ? - de manifester leur attachement à la nation, voire leur chauvinisme. Mais, depuis le nazisme, les Allemands ont un problème avec la nation. Il n'était pas bien vu naguère de manifester trop ostensiblement son attachement à l'Allemagne, de se revendiquer comme Allemand. Les choses ont commencé à changer, il y a quelques années, notamment à l'occasion de la précédente Coupe du Monde. Cette mutation se confirme et se concrétise dans la rue. Des automobilistes fixent sur les vitres de leur voiture un, deux, trois fanions aux couleurs de l'Allemagne. Même les véhicules professionnels ou des engins de chantier en sont parés. J'ai même vu à Berlin un cycliste drapé dans le drapeau national. Bien entendu, on peut se procurer ces ustensiles, des T-shirts et divers autres colifichets noir-rouge-et-or dans de nombreuses boutiques. Et les cafés qui diffusent les matchs sur grand écran font le plein, surtout lorsque l'Allemagne joue. Nous avons même failli nous voir refuser l'entrée d'un Biergarten de la Sonnenallee à Berlin pour cause de Coupe du Monde : la grille était fermée à clé et ne s'ouvrait théoriquement que pour les personnes qui avaient réservé leurs places pour le match. Mais, bon, on a bien voulu faire une exception pour les touristes français. [Voir diaporama]

Le contexte politique intérieur était lui aussi un peu particulier. La coalition de droite CDU-FDP est en difficulté, divisée sur plusieurs sujets. Et nous avons pu suivre à la radio et à la télévision le feuilleton des préparatifs de l'élection du nouveau président fédéral, suite à la démission du précédent, Horst Köhler. Nous avons vu monter face au poulain de la chancelière Angela Merkel, Christian Wulff, la candidature du très populaire Joachim Gauck, lancée et soutenue par la SPD et les Verts. Autre feuilleton : celui de la recherche en Rhénanie-du-Nord-Westphalie d'une coalition de gouvernement viable après les récentes élections dans ce Land. La SPD a d'abord fait semblant de sonder, sans conviction, la possibilité d'une alliance avec le parti de gauche, Die Linke. Puis la piste d'une "Ampel" ou "Ampelkoalition" (alliance de la SPD, des Verts et des libéraux) a été explorée, avant d'échouer du fait du parti libéral. La CDU a alors tenté de prendre langue avec les sociaux-démocrates pour former une "grande coalition". Solution repoussée par la SPD. Et finalement, c'est la solution d'un gouvernement minoritaire SPD-Verts (ou du moins ne disposant que d'une majorité relative) qui l'a emporté.
[Pour mieux comprendre les diverses coalitions possibles en Allemagne, vous pouvez vous reporter à mon
"Coup de projecteur" sur Des partis de toutes les couleurs]

La prochaine fois, je vous parlerai d'une petite ville inconnue de beaucoup de Français - et sans doute de beaucoup d'Allemands - qui a pourtant occupé une position très particulière pendant la période de division de l'Allemagne : Gerstungen.

Jacques OMNES
(4 juillet 2010)

Suite : II - Gerstungen (1ère partie)